PARIS (Reuters) - La sûreté nucléaire de la France doit faire l'objet d'un examen global et systémique alors que le gouvernement du président Emmanuel Macron s'apprête à prolonger la durée de vie du parc existant tout en prévoyant la construction de nouveaux réacteurs, a déclaré lundi l'agence nucléaire ASN.

Bernard Doroszczuk, responsable de l'organisme français de surveillance de la sûreté nucléaire, a également déclaré lors d'une conférence de presse qu'EDF devait expliquer d'ici fin 2024 comment elle envisageait de prolonger la durée de vie de ses centrales nucléaires jusqu'à 60 ans ou au-delà, afin de formuler une première position sur la question dans un délai de deux ans.

M. Doroszczuk a déclaré qu'une révision de la sûreté nucléaire doit anticiper les effets du vieillissement des installations nucléaires ainsi que les nouveaux défis posés par le changement climatique.

Le gouvernement prévoit de présenter cet été une nouvelle législation sur l'énergie et le climat qui servira de cadre législatif aux plans annoncés par M. Macron en février 2022 pour lancer la construction d'au moins six nouveaux réacteurs nucléaires EPR 2 et prolonger la durée de vie d'autant de réacteurs que possible.

"Nous devons identifier pour quels composants il peut y avoir une limite à leur durée de vie opérationnelle", a déclaré Doroszczuk, ajoutant que certains composants, tels que la cuve du réacteur et le bâtiment du réacteur, ne peuvent pas être remplacés tandis que d'autres sont difficiles à remplacer.

"Ce n'est pas quelque chose qui peut être élaboré au dos d'une enveloppe, nous ne pouvons pas décider en quelques mois s'il est possible d'aller au-delà de 60 ans", a-t-il déclaré.

Outre une meilleure anticipation des conséquences à long terme du changement climatique sur la flotte actuelle et future, l'ASN souhaite également que la nouvelle loi sur le climat et l'énergie aborde la question du traitement et du recyclage des combustibles nucléaires usés.

Pendant la canicule de l'année dernière, l'organisme de surveillance a dû accorder des dérogations afin de permettre à certains réacteurs de continuer à fonctionner, ce qui n'était pas arrivé depuis 2003.

L'agence a ajouté que Framatome, unité d'EDF, lui avait demandé de retarder le remplacement du couvercle de la cuve du réacteur EPR en construction à Flamanville pour qu'il coïncide avec le premier rechargement du combustible, au lieu de le remplacer fin 2024 comme prévu actuellement.

L'ASN a déclaré que la sûreté des installations nucléaires françaises était globalement satisfaisante en 2022, malgré des problèmes de corrosion détectés sur certains réacteurs.

(Reportage de Benjamin Mallet ; rédaction de GV De Clercq ; édition de Kirsten Donovan)

PHOTO DE FICHIER : Les tours de refroidissement de la centrale nucléaire d'Électricité de France (EDF) sont photographiées à Saint-Laurent-Nouan, en France, le 10 novembre 2022. REUTERS/Stephane Mahe/File Photo